Designer français mondialement reconnu, Christian Ghion ne rentre dans aucune case. Il explore les univers et les matières au gré de sa créativité et de son talent. Pour Arthur Bonnet, il dessine Alice, une cuisine qui transmet toute l’élégance et le caractère de son créateur. Dans cette interview à cœur ouvert, il nous livre sans filtre ce qui le porte, l’inspire et le passionne.

Christian Ghion

Christian Ghion dans la cuisine Alice créée pour Arthur Bonnet

L'interview

 

Qu’est-ce que chacun de ces mots évoque pour vous ? Sensualité, métamorphose, détournement, électron libre.

Christian Ghion : Pour moi, ces mots font partie d’un tout et n’existent pas de façon isolée. La sensualité prend vie dans le rapport à l’autre. Elle est un mélange de douceur et de force, entre deux personnes, comme dans mon travail. La sensualité, c’est la douceur avec une vraie personnalité, sans son côté suave. La métamorphose est un mot que j’aime beaucoup. Elle désigne la magie, l’épanouissement et la transformation. Telle la chenille qui devient papillon, ou le bourgeon qui s’ouvre en fleur, la métamorphose transforme l’incertain en merveilleux. Le détournement a pour moi deux sens. D’un côté, l’évolution intelligente et espiègle du passé, changeant un objet ordinaire en quelque chose de plus manifeste. De l’autre, détourner est aussi puiser dans différents univers pour ré-interpréter, s’évader et chercher ailleurs la moëlle à réinjecter dans un sujet. L’électron libre m’a souvent été attribué comme qualificatif. Il illustre sûrement le fait que je n’appartiens à aucune école et refuse tout sectarisme. Je considère que ce n’est pas parce que l’on fait du design industriel que l’on doit se fermer à un travail plus artistique, et inversement. Ce cloisonnement est selon moi inutile, puisque je suis convaincu que l’intérêt du travail de designer est justement de toucher à tout.  

Avez-vous en mémoire un souvenir d’enfance qui influence vos créations ?

Je me souviens plutôt d’une époque et d’une éducation reçue de ma grand-mère, qui m’a élevé. Une éducation plutôt austère, faite de valeurs, et en même temps très affectueuse. J’ai le souvenir heureux d’une période jolie et généreuse, mon premier vélo, ma première mobylette… Je considère aujourd’hui qu’avoir une éthique, des valeurs, font les qualités d’un être humain. Cette période guide ma vie et a forgé mon caractère. La création est plutôt liée à ma curiosité de jeune homme, à ma soif de rencontres à cette époque-là. Etudiant, j’ai enchaîné les petits boulots qui ont aiguisé ma curiosité et ma créativité.  

Quelle est la rencontre qui a changé votre vie ?

C’est certainement la rencontre avec mon épouse (la journaliste Claude Deloffre, NDA). Je vis avec elle depuis 24 ans, et sa patience et son attention m’ont permis de suivre mon objectif, dans ma vie personnelle et professionnelle. Lorsque l’on décide d’être designer à 25 ans, cela demande un soutien sans faille. Ma rencontre avec Andrée Putman est aussi très importante dans mon parcours. Je dois beaucoup à celle qui est devenue ma marraine dans ce métier, car elle m’a transmis une certaine rigueur, une vision des choses, une culture.  

Qu’est-ce qui vous motive dans un nouveau projet ?

C’est précisément le challenge de la nouveauté ! Refaire des choses déjà faites m’intéresse assez peu, et j’ai la chance d’exercer un métier passionnant qui me permet de ne jamais faire la même chose. Je n’avais jamais conçu de restaurant lorsque Pierre Gagnaire m’a proposé ce projet. Lorsque j’ai dessiné une collection de bijoux pour Fred, je n’avais jamais encore travaillé dans cet univers. Et dessiner une cuisine pour Arthur Bonnet m’a fait découvrir ce monde.  

Si vous deviez choisir 5 qualificatifs pour décrire la cuisine Alice, que vous avez réalisée pour Arthur Bonnet, quels seraient-ils ?

Même s’il m’est difficile de n’en choisir que 5, je dirais : élégante - sobre & chic - sensuelle - intuitive & fonctionnelle - de caractère. cuisine alice par christian ghion

 Cuisine Alice par Christian Ghion pour Arthur Bonnet

Le Portrait chinois

 

Si vous étiez un Objet…

Je serais une Jaguar type E, car j’adore les voitures, et c’est certainement pour moi la plus belle du monde, avec son très long capot. Comme ce que j’essaye de traduire dans mon travail, elle est à la fois extrêmement élégante, sensuelle, avec un vrai caractère, et reconnaissable immédiatement. Je n’ai jamais dessiné de voiture, mais j’adorerais faire cela ! jaguar type E  

Si vous étiez une Matière…

Je serais du verre, car c’est une matière qui me fascine et que j’aime particulièrement travailler, avec les maitres verriers. J’apprécie les qualités du verre soufflé, mais aussi son caractère aléatoire, très difficile à apprivoiser. La manipulation du verre chaud rend possible l’inattendu.  

Si vous étiez un Paysage…

Je serais un paysage californien, avec les palmiers, la mer, et la montagne en arrière-plan. J’aime ce mélange de la ville avec la nature, le temps au beau fixe et la vie décontractée qu’on y mène.

Californie

 

Si vous étiez une Humeur…

Je serais une saute d’humeur, ce côté sanguin, avec une tendance à monter dans les tours rapidement.  

Si vous étiez Quelqu’un d’autre…

J’aurais aimé être Serge Gainsbourg, et sa façon de pratiquer un art noble avec une sorte de distance et de cynisme. Il incarne pour moi l’élégance dans la légèreté. Si je pouvais faire du design comme Gainsbourg faisait de la musique, je serais vraiment heureux ! En savoir plus sur Christian Ghion Crédits :